Dictionnaire de l’écrivain – C comme Couverture

La couverture joue une fonction importante dans le choix d’un livre. C’est la première chose qu’un futur lecteur perçoit, avec le titre et le nom de l’auteur, loin devant le nom de la maison d’édition, par exemple. La couverture permet au lecteur d’identifier le genre littéraire dont fait partie l’œuvre (clair pour la littérature contemporaine, sombre pour le polar, coloré pour la fantasy, métallisé pour la science-fiction), même si certains livres essaient de se démarquer en utilisant d’autres couleurs.

La taille respective du titre et du nom de l’auteur renseigne sur la notoriété du dit auteur : « Guillaume Musso » apparaît toujours plus gros que le titre, alors qu’un auteur qui vient de publier son premier roman verra son nom écrit en petits caractères, au-dessus d’un titre qui devra être le plus accrocheur possible.

Certains livres doivent une partie de leur succès à l’attrait de leur couverture, que ce soit en fantasy (Terry Goodkind, La première leçon du sorcier), ou en littérature contemporaine (Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles). Ce n’est pas nouveau : certains livres sont associés à des couvertures, mais aussi à des maquettes, à des illustrations intérieures, comme les romans de Jules Verne édités chez Hetzel, la Bible illustrée par Gustave Doré, le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry

Les illustrations de couverture (je ne parle même pas des illustrations intérieures), sont souvent associés à un public jeune, alors même que nombre d’adultes continuent de lire de la fantasy ou de la science-fiction. La littérature contemporaine, par sobriété, n’utilise pas ou peu d’illustrations (NRF Gallimard, La Pléiade…), et quand les éditeurs se plient à la loi de marché, ils choisissent de préférence une photographie ou le détail d’une peinture (Actes Sud, Picquier…).

Les éditeurs de poche, quant à eux, n’ont pas ce luxe. La marge étant réduite au maximum, il n’est pas question de payer un dessinateur. Les graphistes achètent donc des photographies sur des banques d’images pour fabriquer à la chaîne des couvertures. Le système de mots-clefs proposé par les banques d’images permet de ne pas trop s’éloigner du thème du livre…

Une tendance récente tend à remplacer les illustrations de couverture par un graphisme ou une maquette plus travaillée (gaufrage, emboss sur le titre, effets brillants…). Ainsi, la série des Harry Potter sont réédités sans leur illustration d’origine, d’autres dans des couvertures en simili cuir, etc.

Il s’agit parfois d’une question de coût : des livres d’histoire de l’art sont réédités sans reproduction, Le nom de la rose d’Umberto Ecco sans le plan du monastère, Histoire sans fin de Michael Ende sans les lettrines de l’édition originale…

À l’inverse, des illustrations réapparaissent depuis plusieurs années à l’intérieur des livres (lettrine, planche, vignette, cul-de-lampe…), et pas seulement dans les romans jeunesse ou les romans de fantasy. On trouve des reproductions de vieilles photographies noir & blanc dans la plupart des livres d’Eric Vuillard (La Bataille d’Occident, Congo, Tristesse de la Terre…) en littérature contemporaine. Un roman historique (L’anatomiste, de Marilyne Fortin) a été entièrement écrit autour de vieilles gravures retrouvées chez un brocanteur, et reproduites sous forme de vignettes en début de chapitre. La célèbre série de J. K. Rowling a été réédité en livre pop-up…

On annonce une transformation de notre rapport à l’image avec l’utilisation d’IA ou d’algorithmes pour produire de « nouvelles images de synthèse », notamment des illustrations de couverture, la plus célèbre étant pour le moment Chat GPT. Le principal problème, pour les dessinateurs qui ont mis des années à apprendre leur métier, est que l’algorithme utilise les banques d’images existantes sur Internet sans demander l’autorisation et sans payer les droits d’auteur afférents. En « démocratisant » la production d’images, ne risque-t-on pas de lui faire perdre de sa valeur ? Paradoxalement, Chat GPT pourrait nous pousser à considérer autrement l’objet-livre, pas seulement sa couverture, mais aussi la maquette intérieure, la qualité du papier, le format, etc. Ce que ces intelligences virtuelles auraient alors réussi à faire, c’est de donner plus de valeur au livre physique.

Un illustrateur peut dessiner un ex-libris en dédicace, mais une IA ?

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑