Aujourd’hui avait lieu l’enterrement du gérant de « Plumes et fabulettes », librairie bien connue du centre-ville d’Ancenis-Saint-Géréon. La librairie, située à deux pas de l’église où a eu lieu la cérémonie, comportait un coin pour les enfants et un espace BD.
Qui était Erwan Mony ? Un libraire indépendant, passionné, avec une culture livresque impressionnante, y compris dans le genre du fantastique. Il organisait réguièrement, avec son ancienne salariée, des rencontres avec des écrivains, comme Emmanuel Ruben et Paul Hurlink. Il acceptait généreusement d’afficher nos annonces d’ateliers ou de séminaires d’écriture. Les lecteurs de Ouest France le connaissaient aussi, car il publiait régulièrement des articles sur les nouveautés littéraires. Son humilité ne le laissait pas remarquer, mais il avait également été administrateur de Mobilis au collège des librairies et points de vente du livre neuf, membre du conseil d’administration de la Maison Julien Gracq et co-organisateur du festival du livre des Pays de la Loire Les Affluents (également disparu).
Il n’avait que 55 ans et allait fêter son 56ème anniversaire en avril prochain. Un article d’un média local parle d’une »crise cardiaque foudroyante ». Tous les médias locaux, à l’instar de Ouest France et de l’Echo d’Ancenis, rappellent que le libraire avait dû fermer boutique, après la diminution drastique et immédiate des aides de la Région pour la Culture.
En novembre 2024, quand Christelle de Morançais, la présidente de la Région Pays de la Loire, avait décidé de réduire -73% le budget de la Culture en Pays de la Loire, soit 100 millions de diminution, avec un effet rétroactif sur les demandes de subvention déjà obtenues pour 2025, nous avions écrit à un article dont le titre annonçait peut-être, sans le savoir, la tragédie à venir : Le libraire avait les larmes aux yeux.
Les effets de cette « casse budgétaire » n’ont pas cessé de se faire sentir. Certaines associations, comme Mobilis, une organisation pour la promotion de la lecture et le soutien des professionnels du secteur du livre en Pays de la Loire, avaient vu leurs subventions diminuer de 50% en 2025 puis 100% en 2026. Pour les associations du secteur culturel qui n’ont pas su, pas pu, pas eu le temps de se diversifier, cela a engendré de nombreux licenciements, voire une liquidation. Pour les usagers, cela s’est traduit par une contraction de l’offre culturelle et par l’augmentation des tarifs qui n’étaient plus subventionnés pour être accessibles à tous. On le sait moins, mais le secteur social, celui des Missons locales et d’une assocation d’aide aux femmes battues, par exemple, a également été impacté.
On devrait ajouter au tableau la disparition, le décès, la mort – n’ayons pas peur des mots – d’Erwan Mony. Même s’il n’exerçait plus depuis deux ans, le métier de libraire ne fait pas partie des métiers que l’on peut retirer le soir comme un vêtement de travaill et accrocher dans l’entrée à un porte-manteau. De même, un écrivain est une personne qui a écrit et publié, même si elle a perdu l’inspiration. Erwan a été pour lui-même et pour tous ceux qui l’ont rencontré à « Plumes et fabulettes » un véritable « passeur d’histoires », comme peuvent l’être aussi les bibliothécaires. Il aura permis à de nombreux lecteurs de découvrir des livres, des auteurs, et d’égayer des après-midis pluvieux en se promenant parmi les étales de livres frais. Ces souvenirs sont impérissables.
Comme il le confiait au journal Ouest France au moment de la liquidation judiciaire, » J’ai une vraie fierté d’avoir créé un lieu où les gens se sentaient bien. Rien ne me faisait plus plaisir que les gens qui passaient me remercier d’avoir pu découvrir des auteurs.« .
Le décès à 55 ans de l’unique libraire d’Ancenis doit permettre de souvenir que ce métier, jugé « non essentiel » par certains, est aussi beau et fragile qu’une fleur cueillie au printemps. Or, tous amateurs de scrapbooking le savent, il est toujours possible de la mettre à sécher entre deux pages d’un livre et de fabriquer un marque-page…
Nous présentons à la famille d’Erwan, à ses proches et à tous les clients qui se souviennent de lui, nos plus sincères condoléances.
Mais si l’homme s’étiole et s’éteint, un libraire jamais ne meurt.
Damien Porte-Plume



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