Le saviez-vous ?
Victor Hugo demandait à son domestique qu’il lui confisque ses vêtements pour l’obliger à écrire… ![]()
Ainsi, impossible de sortir avant d’avoir terminé son chapitre.
C’est ce qu’il s’appelle lutter contre la procrastination !
Imaginez la scène : le domestique doit se lever tôt, car Victor Hugo avait l’habitude de se lever à l’aube. Il s’habille rapidement, se faufile dans la chambre de son maître, en essayant de ne pas faire grincer la porte. Il marche à pas de loup jusqu’à la chaise sur laquelle Victor Hugo a posé ses vêtements, sans un regard pour l’homme allongé sur sa couche. Ce n’est pas le moment d’entrer en Contemplations, il les prend comme un voleur et reprend la direction de la porte.
Victor Hugo n’est pas dupe, il n’a dormi que d’un œil. Il sait bien qu’un Misérable lui vole ses vêtements la nuit. Ca fait des semaines que ça dure. S’il arrive à l’attraper, ce sera Le dernier jour du condamné, ou plutôt sa dernière nuit…
Le domestique croit entendre bouger derrière lui, alors il accélère, ouvre la porte et s’enfuit en courant, sans même respirer. Il craint Les châtiments que pourrait lui infliger son maître, non pas pour lui avoir volé ses vêtements, mais pour avoir manqué de discrétion…
Le pantalon ! Où est le pantalon ? Il a glissé, au moment où il sortait de la chambre. « Par La fin de Satan ! jure le domestique en son for intérieur. Dois-je revenir en arrière ? Non, je ne peux pas… ». Il revient pourtant, en rampant, tire le pantalon vers le lui, sort de la maison et jette les vêtements dans l’écurie comme s’ils lui brûlaient les doigts. Dehors, le jour commence à se lever, l’aube joue avec ses doigts rose à la surface de la mer. Nous sommes sur l’île de Guernesey, en 1862, Victor Hugo a 60 ans…
Victor Hugo n’a pas vu l’homme, mais il a très bien vu ce pantalon glisser sur le parquet comme un serpent. Un serpent-pantalon, en somme. Capable d’ouvrir et de fermer des portes, par-dessus le marché ! Voilà des choses vues qui ne finiront pas inscrites dans Les légendes des siècles, se dit-il.
Le domestique revient à la maison, il doit encore préparer le café de monsieur. Lui aussi aurait bien besoin d’un café. Quand cela s’arrêtera-t-il ? Depuis son exil volontaire sur ce caillou, Victor Hugo n’écrit plus. C’est Julie Drouet, sa maîtresse, qui lui a demandé ce « service ». Le stratagème semble fonctionner. Son maître écrit sans s’arrêter jusqu’au début d’après-midi. A croire qu’il aime écrire en chemise de nuit. Rester sur une chaise pendant des heures, ça ressemble plutôt à une torture. Si c’était lui qui écrivait, se dit le domestique, il finirait par souffrir d’une Hernani.
Quand il revient dans la maison, il entend un rire tonitruant secouer les murs de la maison. Pendant un instant, il s’imagine être un petit cochon, essayant de se cacher tandis que le loup souffle très fort contre la maison de bois…
– Mon café, Claude !
Il reconnaît cette voix. L’homme qui rit, c’est Victor Hugo. Claude Gueux souffle de soulagement. Pour une fois, son maître semble apprécier la farce. Qui sait ? Peut-être demain lui volera-t-il également sa chemise ?
– Damien Porte-Plume


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