Merci Super Livre !

Et si on remplaçait les écrans par des livres ?

Ces derniers mois, les médias se sont relayées pour annoncer les fermetures de librairie (Furet du Nord et Decitre dans les Hauts-de-France, Gilbert à Paris, Sauremps à Montpellier, Dinali à Strasbourg…). Le recul de la lecture chez les adultes et les adolescents apparaît comme la cause première, la plus douloureuse. Si on peut facilement trouver des mesures pour lutter contre le prix du livre, les taxes ou d’autres raisons économiques, comment lutter contre un phénomène sociétal, une lente érosien du « capital lecture » d’un pays ?

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, tourner des pages prend du temps, scroller sur son smartphone également. On peut pas servir deux maîtres, disait un certain Matthieu.

Dans sa dernière étude, datée de 2026, le Centre national du livre met en évidence le lien entre le décrochage de la lecture chez les adolescents, notamment les garçons (un tiers de non-lecteurs à 16-19 ans), avec l’explosion de l’usage du smartphone et des réseaux sociaux. Les statistiques indiquent en effet un pic d’usage de 5 heures par jour chez les 15-24 ans.

Cinq heures par jour… On serait tenté de dire : à l’image de leurs parents… L’addiction aux écrans, en effet, ne touche pas que les plus jeunes, mais ce sont eux, dont le cerveau est encore en construction, qui sont les plus sensibles aux stratégies de captation de l’attention, ce sont eux qui ont besoin, dès le collège, d’avoir leur premier smartphone pour « faire comme les autres ».

Au Cercle des écritures de Nantes, nous nous sommes interrogés sur la manière de promouvoir la lecture, notamment chez les jeunes. Parler du livre ou de ses bienfaits sans parler du smartphone nous a semblé relever de la « bonne intention », sans réelle efficacité sur les comportements. Rappeler que l’écran (smartphone, jeux vidéos) est l’ennemi du livre, c’est rappeler que la captation de l’attention est l’ennemi d’une attention volontaire, d’une lecture à son rythme, sans publicité intempestives et sans notification des réseaux sociaux. La lecture développe la capacité à se concentrer sur de longues durée ; l’écran la disperse aux quatre vents.

Certes, tous les métiers tertiaires utilisent l’ordinateur, une grande partie de nos communications s’effectuent par voie électronique, cela fait partie de notre mode de vie, son omniprésence n’est pas remis en cause, c’est notre environnement technologique, le bain digital dans lequel nous nous ébattons joyeusement. En revanche, le temps de loisir devrait être protégé, et le temps de loisir des plus jeunes sanctuarisé.

Autrement dit, le temps passé sur un smartphone ne devrait pas être considéré comme un temps libre pour la jeunesse. Vu comme cela, les jeunes ont de moins en moins de loisirs. Skholè, en grec, comme otium en latin, veulent dire « loisir », et leur inverse, a-skholia et negotium (négoce), renvoie aux affaires, aux occupations nécessaires pour répondre aux besoins de la vie animale. Le jeune sur son smartphone est occupé. Il tchatte, il se filme ou il joue.

Prenons encore un peu de recul, pour bien percevoir l’arène dans laquelle a lieu le combat du livre contre le smartphone. Nous concevons aujourd’hui le « loisir » comme un pluriel, « les loisirs », ces différentes activités qui relèvent le plus souvent du jeu, mais aussi de la lecture, de la promenade en famille. Le sport et les voyages sont en général considérés comme des activités à part, en dehors du loisir, même s’ils font partie du temps libre. Pourquoi cette différence ? Qu’est-ce vraiment que le « loisir » ?

Chez les Grecs, le terme renvoyait au repos et aussi, paradoxalement, à la notion d’études (shholè est à l’origine du mot « école »), de philosophie, qu’on appellerait aujourd’hui « développement personnel ». Chez les Latins, l’otium, c’était le temps consacré à aller voir ses amis, à se consacrer à la vie de la cité. Le « pain et les jeux » des amphithéâtre romains forment déjà les premières captation du temps libre en direction d’un loisir particulier.

Le smartphone, les jeux vidéos, le temps passé sur des séries TV, tout cela forme la version contemporaine du « pain et des jeux » des Romains. Le smartphone, en particulier, forme une prothèse technologique au regard et à l’audition de la personne qui l’utilise, un appareil locomoteur qui maintient la nuque baissée vers l’écran, un dispositif cybernétique qui utilise notre doigt comme un câble entre un écran tactile et un cerveau.

Observez un instant une bande d’adolescents, tous les visages tournés vers leur écran, et oubliez un instant à quoi servent ces appareils, à quoi cela vous fait-il penser ?

Certains penseront peut-être à un épisode de Dr Who, à une sombre machination pour capter l’esprit des adolescents…

Pour notre part, nous pensons que la promotion de la lecture doit se faire beaucoup plus offensive. La lecture est une bataille et nous sommes en train de la perdre. Que faisons-nous ?

Notre association a choisi une nouvelle fois de s’engager dans la vie de la cité. Nous avons produit une courte animation mettant en scène un livre doté d’une cape de super héros. Cette première animation vise les enfants, ceux qui rentrent en 6ème cette année par exemple, car l’âge du premier smartphone arrive de plus en plus tôt. En général avant douze ans, onze ans en moyenne…

Selon vous, à quel âge les enfants devraient avoir leur premier smartphone ? Quelles sont vos stratégies pour continuer à lire ou à faire lire ?

@cerclenantais

Votre commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑